Jean Paul II, St Thomas, St Cyrille de Jérusalem, Alphonse Marie de Ligori, Origéne, Edith Stein, John Henry Newman, Marthe Robin, Thérèsa de Calcutta

 

                                                                                
                                                                              

Jean Paul II

Homélie pour la canonisation de Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith

Stein), 11/10/98

Une philosophe découvre la vérité


L’amour du Christ a été le feu qui a

embrasé la vie de Thérèse Bénédicte de la Croix. Avant même de s’en rendre

compte, elle en a été totalement consumée. Au début, son idéal a été la

liberté. Pendant longtemps, Edith Stein a vécu l’expérience de la recherche.

Son esprit ne se lassait pas de chercher et son coeur d’espérer. Elle a

parcouru le chemin difficile de la philosophie avec une ardeur passionnée et,

à la fin, elle a été récompensée : elle a conquis la vérité, ou plutôt, elle a

été conquise. En effet, elle a découvert que la vérité portait un nom : Jésus

Christ. À partir de ce moment, le Verbe incarné a été tout pour elle.

Considérant cette période de sa vie d’un point de vue de carmélite, elle

écrivait à une bénédictine : « Consciemment ou inconsciemment, qui cherche la

vérité cherche Dieu ».
Bien

qu’elle ait été élevée dans la religion juive de sa mère, Edith Stein, à

quatorze ans, « avait librement décidé d’abandonner la prière ». Elle ne

voulait compter que sur elle-même, soucieuse d’affirmer sa propre liberté dans

ses choix de vie. À la fin d’un long chemin, il lui a été donné de parvenir à

une constatation surprenante : seul celui qui se lie à l’amour du Christ

devient vraiment libre. L’expérience de cette femme, qui a affronté les défis

d’un siècle tourmenté comme le nôtre, représente un exemple pour nous : le

monde moderne invite à franchir la porte attrayante de la permissivité,

ignorant la porte étroite du discernement et du renoncement. C’est pourquoi je

m’adresse spécialement à vous, jeunes chrétiens…: méfiez-vous, gardez-vous de

concevoir votre vie comme une porte ouverte à tous les choix ! Écoutez la voix

de votre coeur ! Ne soyez pas superficiels, mais allez au fond des choses. Et

lorsque le moment sera venu, ayez le courage de vous décider. Le Seigneur

attend que vous placiez votre liberté entre ses mains miséricordieuses.



 SAINT THOMAS D’AQUIN  POUR L’OFFICE DU CORPS DU CHRIST : Le mystère de l’Eucharistie.

Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a
pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait
homme.
En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a
entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix
il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous
réconcilier avec lui; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même
temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable
esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés.
Et pour
que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a
laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les
dehors du pain et du vin.
Banquet précieux et stupéfiant, qui
apporte le salut et qui est rempli de douceur! Petit-il y avoir rien de
plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans
l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le
Christ qui est vraiment Dieu? Y a-t-il rien de plus admirable que ce
sacrement? ~
Aucun sacrement ne produit des effets plus
salutaires que celui-ci: il efface les péchés, accroît les vertus et
comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels!
Il est
offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts afin de
profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Enfin, personne
n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte
la douceur spirituelle à sa source et on y célèbre la mémoire de cet
amour insurpassable, que le Christ a montré dans sa passion.
Il
voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le
coeur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir
célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce
monde à son Père, il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel
de sa passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus
grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de
tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable.



Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem, docteur de l’Église
. Catéchèses baptismales, n° 5


« Ayez foi en Dieu »

« C’est une grande affaire, dit l’Ecriture, de trouver un homme qui a la
foi » (Pr 20,6). Je ne te dis pas cela pour t’inciter à m’ouvrir ton coeur,
mais pour que tu montres à Dieu la candeur de ta foi, à ce Dieu qui sonde les
reins et les coeurs et qui connaît les pensées des hommes (Ps 7,10;93,11).
Oui, c’est une grande chose qu’un homme qui a la foi ; il est plus riche que
tous les riches. En effet, le croyant possède toutes les richesses de
l’univers, puisqu’il les méprise et les foule aux pieds. Car, même si ceux qui
sont riches possèdent des tas de choses au plan matériel, comme ils sont
pauvres spirituellement ! Plus ils amassent, plus on les sent consumés du
désir de ce qui leur manque. Au contraire, et c’est bien là le comble du
paradoxe, l’homme qui a la foi est riche au sein de la pauvreté, car il sait
qu’il n’a besoin que de vêtements et de nourriture ; il s’en contente et met
sous ses pieds les richesses.
Et ce n’est pas seulement nous, qui portons le nom du Christ, qui vivons
d’une démarche de foi. Tous les hommes, même ceux qui sont étrangers à
l’Eglise, vivent d’une démarche semblable. C’est par une foi dans l’avenir que
des gens qui ne se connaissent pas parfaitement contractent un mariage ;
l’agriculture est basée sur la confiance que les travaux engagés porteront des
fruits ; les marins mettent leur confiance dans un frêle esquif de bois… C’est
selon une démarche de foi que tiennent la plupart des entreprises humaines ;
tout le monde croit en des principes.
Mais aujourd’hui les Ecritures vous appellent à la vraie foi et vous
tracent la vraie route qui plaît à Dieu. C’est cette foi qui, chez Daniel, a
fermé la gueule des lions (Dn 6,23). Par « le bouclier de la foi vous pourrez
éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais » (Ep 6,16)… La foi soutient
les hommes jusqu’à marcher sur la mer (Mt 14,29). Certains, comme le
paralytique, ont été sauvés par la foi des autres (Mt 9,2) ; la foi des soeurs
de Lazare a été si forte qu’il a été rappelé des morts (Jn 11)… La foi donnée
gratuitement par l’Esprit Saint dépasse toutes les forces humaines. Grâce à
elle on peut dire à cette montagne : « Transporte-toi jusque là-bas » et elle
se transportera (Mt 17,20).





Origène (vers 185-253)
, prêtre et théologien

7ème homélie sur St Luc ; PG 13, 1817s (trad. coll. Pères dans la foi, vol.
34, p. 45 ; SC 87, p.159)

« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne
jusqu’à moi ? »




« Tu es bénie entre les femmes et le fruit
de tes entrailles est béni. D’où me vient cette faveur que la Mère de mon
Seigneur vienne à moi ? » Ces mots : « D’où me vient cette faveur ? » ne sont
pas un signe d’ignorance, comme si Élisabeth toute remplie du Saint Esprit ne
savait pas que la Mère du Seigneur était venue à elle selon la volonté de
Dieu. Voici le sens de ses paroles : « Qu’ai-je fait de bien ? En quoi mes
oeuvres sont-elles assez importantes pour que la Mère du Seigneur vienne me
voir ? Suis-je une sainte ? Quelle perfection, quelle fidélité intérieure
m’ont mérité cette faveur, une visite de la Mère du Seigneur ? » « Car ta voix
n’a pas plutôt frappé mes oreilles que mon enfant a exulté de joie dans mon
sein. » Il avait senti que le Seigneur était venu pour sanctifier son
serviteur même avant sa naissance.

Puisse-t-il m’arriver d’être
traité de fou par ceux qui n’ont pas la foi, pour avoir cru en de tels
mystères !… Car ce qui est tenu pour folie par ces gens-là est pour moi
occasion de salut. En effet, si la naissance du Sauveur n’avait pas été
céleste et bienheureuse, si elle n’avait rien eu de divin et de supérieur à la
nature humaine, jamais sa doctrine n’aurait gagné toute la terre. Si dans le
sein de Marie, il n’y avait eu qu’un homme et non le Fils de Dieu, comment
aurait-il pu se faire qu’en ce temps-là, et aujourd’hui encore, soient guéries
toutes sortes de maladies, non seulement du corps, mais aussi de l’âme ?… Si
nous rassemblons tout ce qui est rapporté de Jésus, nous pouvons constater que
tout ce qui a été écrit à son sujet est tenu pour divin et digne d’admiration,
car sa naissance, son éducation, sa puissance, sa Passion, sa résurrection ne
sont pas seulement des faits qui ont eu lieu en ce temps-là : ils sont à
l’oeuvre en nous aujourd’hui encore.





Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)
, évêque et docteur de l’Eglise

(trad. Oeuvres, t.14)

« Donner sa vie en rançon pour la multitude »



Un Dieu qui sert, qui balaie la maison, qui se livre à des travaux
pénibles — comme une seule de ces pensées devrait suffire à nous combler
d’amour ! Lorsque le Sauveur s’est mis à prêcher son Évangile, il s’est fait «
le serviteur de tous », déclarant lui-même « qu’il n’était pas venu pour être
servi, mais pour servir ». C’est comme s’il avait dit qu’il voulait être le
serviteur de tous les hommes. Et au terme de sa vie, il ne s’est pas contenté,
dit saint Bernard, « d’avoir pris la condition de serviteur pour se mettre au
service des hommes ; il a voulu prendre l’aspect d’un serviteur indigne pour
être frappé et subir la peine qui nous était due en raison de nos péchés
».
Voici que le Seigneur, serviteur obéissant de tous, se soumet à la
sentence de Pilate, tout injuste qu’elle est, et se livre à ses bourreaux…
Ainsi, ce Dieu nous a tant aimés que, par amour pour nous, il a voulu obéir
comme esclave jusqu’à mourir et à mourir d’une mort douloureuse et infâme, le
supplice de la croix (Ph 2,8).
Or, en tout cela, il obéissait non comme Dieu, mais comme homme, comme
esclave dont il avait assumé la condition. Tel saint s’est livré comme esclave
pour racheter un pauvre, et il s’est attiré par là l’admiration du monde par
cet acte héroïque de charité. Mais qu’est-ce que cette charité comparée à
celle du Rédempteur ? Etant Dieu, voulant nous racheter de l’esclavage du
diable et de la mort qui nous était dû, il se fait esclave lui-même, il se
laisse ligoter et clouer à la croix. « Pour que le serviteur devienne maître,
dit saint Augustin, Dieu a voulu se faire serviteur. »




Cardinal John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté
religieuse, théologien

PPS, vol. 8, n° 2 « Divine Calls »

« Nous avons tout quitté pour te suivre »



Nous ne sommes pas appelés une fois seulement, mais bien des fois; tout
le long de notre vie, Christ nous appelle. Il nous a appelés d’abord par le
baptême, mais plus tard aussi ; que nous obéissions ou non à sa voix, il nous
appelle encore en sa miséricorde. Si nous manquons à nos promesses
baptismales, il nous appelle à nous repentir. Si nous nous efforçons de
répondre à notre vocation, il nous appelle toujours plus avant, de grâce en
grâce, de sainteté en sainteté, tant que la vie nous est laissée pour
cela.
Abraham a été appelé à quitter sa maison et son pays (Gn 12,1), Pierre
ses filets (Mt 4,18), Matthieu son emploi (Mt 9,9), Elisée sa ferme (1R
19,19), Nathanaël sa retraite (Jn 1,47). Sans cesse, tous nous sommes appelés,
d’une chose à l’autre, toujours plus loin, n’ayant pas de lieu de repos, mais
montant vers notre repos éternel, et n’obéissant à un appel intérieur que pour
être prêts à en entendre un autre.
Christ nous appelle sans cesse, pour nous justifier sans cesse ; sans
cesse, de plus en plus, il veut nous sanctifier et nous glorifier. Nous devons
le comprendre, mais nous sommes lents à nous rendre compte de cette grande
vérité, que Christ marche en quelque sorte parmi nous, et que de sa main, de
ses yeux, de sa voix, il nous fait signe de le suivre. Nous ne saisissons pas
que son appel est quelque chose qui a lieu en ce moment même. Nous pensons
qu’elle a eu lieu au temps des apôtres ; mais nous n’y croyons pas, nous ne
l’attendons pas vraiment pour nous-mêmes.





Saint Jean Chrysostome (vers 345-407), évêque d’Antioche puis de
Constantinople, docteur de l’Église

Homélie 63 sur St Matthieu ; PG 58, 603s (trad. Marc commenté, DDB 1986, p.
103)

« Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?
»




Ce n’était pas un empressement médiocre que le jeune homme avait montré
; il était comme un amoureux. Alors que les autres hommes s’approchaient du
Christ pour le mettre à l’épreuve ou pour lui parler de leurs maladies, de
celles de leurs parents ou d’autres gens encore, lui s’approche pour
s’entretenir avec lui de la vie éternelle. Le terrain était riche et fertile,
mais il était plein de ronces prêtes à étouffer les semences (Mt 13,7).
Considère comme il est bien disposé à obéir aux commandements : « Que dois-je
faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »… Aucun Pharisien n’a jamais
manifesté de tels sentiments ; ils étaient plutôt furieux d’avoir été réduits
au silence. Notre jeune homme, lui, est reparti les yeux baissés de tristesse,
signe non négligeable de ce qu’il n’était pas venu avec de mauvaises
dispositions. Il était seulement trop faible ; il avait le désir de la Vie,
mais une passion très difficile à surmonter le retenait…
« Si tu veux être parfait, va, vends tes biens, donnes-en le prix aux
pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi… En
entendant ces paroles, le jeune homme s’en alla tout triste ». L’évangéliste
montre quelle est la cause de cette tristesse : c’est qu’il « avait de grands
biens ». Ceux qui ont peu et ceux qui sont plongés dans l’abondance ne
possèdent pas leurs biens de la même façon. Chez les derniers l’avarice peut
être une passion violente, tyrannique. En eux, toute nouvelle possession
allume une flamme plus vive, et ceux qui en sont atteints sont plus pauvres
qu’avant. Ils ont plus de désirs et pourtant sentent plus fort leur soi-disant
indigence. Considère en tout cas comment ici la passion a montré sa force… «
Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le
royaume de Dieu ! » Non que le Christ condamne les richesses, mais plutôt ceux
qu’elles possèdent.






père Raniero
Cantalamessa
OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

Envoie ton
Esprit qui renouvelle la face de la terre

Jésus, au
cénacle, le soir de Pâques, « répandit sur eux son
souffle et… leur dit : ‘Recevez l’Esprit Saint’ ». Ce
geste du Christ rappelle celui de Dieu qui, lors de
la création « modela l’homme avec la glaise du sol,
insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme
devint un être vivant » (cf. Gn 2, 7). Par
ce geste, Jésus signifie donc que l’Esprit Saint est le
souffle divin qui donne vie à la nouvelle création, comme
il donna vie à la première création. L’antienne du psaume
souligne ce thème : « O Seigneur, envoie ton Esprit
qui renouvelle la face de la terre ! »

Proclamer que
l’Esprit Saint est créateur signifie affirmer que son champ d’action
n’est pas uniquement limité à l’Eglise mais s’étend à toute
la création. Aucun moment, aucun lieu n’est privé de sa
présence active. Il agit dans la Bible et en dehors
de la Bible ; il agit avant le Christ, à
l’époque du Christ et après le Christ, même s’il n’agit
jamais sans lui. « Toute vérité, quelle que soit la
personne qui la prononce – a écrit saint Thomas d’Aquin
– vient de l’Esprit Saint ». L’action de l’Esprit du
Christ en dehors de l’Eglise n’est certes pas la même
qu’à l’intérieur de l’Eglise et dans les sacrements. Dans le
premier cas il agit par sapuissance, dans le deuxième, par
sa présence, en personne.

Cependant, le plus important, à propos de
la puissance créatrice de l’Esprit Saint n’est pas de la
comprendre ou d’en expliquer les implications mais d’en faire l’expérience.
Et que signifie faire l’expérience de l’Esprit comme créateur ?
Pour le découvrir, partons du récit de la création. «
Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Or
la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme
et un souffle de Dieu agitait la surface des eaux
« (Gn 1, 1-2). Nous en déduisons que l’univers
existait déjà au moment où l’Esprit Saint intervint, mais il
était encore sans forme et plongé dans les ténèbres, un
chaos. C’est après son action que la création assume des
contours précis ; la lumière se sépare des ténèbres, la
terre ferme de la mer et tout prend une forme
définie.

L’Esprit Saint est donc celui qui fait passer la création
du chaos au cosmos, qui fait d’elle quelque chose de
beau, d’ordonné, de propre (cosmocosmétique et signifie beau !), il en fait un
« monde » au deux sens du terme. La science
nous enseigne aujourd’hui que ce processus a duré des milliards
d’années mais ce que la Bible veut nous dire, à
travers son langage simple et imagé, est que la lente
évolution vers la vie et l’ordre actuel du monde n’est
pas le fruit du hasard, qu’elle n’est pas l’obéissance à
des impulsions aveugles de la matière mais qu’elle est le
fruit d’un projet placé dans le monde dès le commencement,
par le créateur.

L’action créatrice de Dieu n’est pas limitée à
l’instant initial ; il est toujours en train de créer.
Appliqué à l’Esprit Saint, cela signifie qu’il est toujours celui
qui fait passer du chaos au cosmos, c’est-à-dire du désordre
à l’ordre, de la confusion à l’harmonie, de la difformité
à la beauté, de la vieillesse à la jeunesse. Ceci
à tous les niveaux : dans le macrocosme comme dans
le microcosme, c’est-à-dire dans l’univers tout entier comme en toute
personne individuelle.

Nous devons croire qu’en dépit des apparences, l’Esprit Saint
est à l’œuvre dans le monde et le fait progresser.
Pensons à toutes les nouvelles découvertes, non seulement dans le
domaine physique mais également sur le plan moral et social
! Un texte du Concile Vatican II affirme que l’Esprit
Saint est à l’œuvre dans l’évolution de l’ordre social du
monde (cf. Gaudium et spes, 26). Il n’y a pas
que le mal qui grandit, le bien grandit également, avec
la différence que le mal s’annule, finit avec lui-même mais
le bien s’accumule et demeure. Il y a encore certes
beaucoup de chaos autour de nous : un chaos moral,
politique, social. Le monde a encore tant besoin de l’Esprit
de Dieu ! Pour cette raison, nous ne devons pas
nous lasser de l’invoquer avec les paroles du psaume :
« O Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face
de la terre ! »

vient de la même racine
que




Aelred de Rielvaux (1110-1167)
, moine cistercien anglais

L’Amitié spirituelle, III, 115s (trad. Bellefontaine 1994, p. 90)


Pierre et Jean : la diversité dans l’unité

Certaines personnes à qui l’on ne peut pas
accorder une promotion en déduisent qu’on ne les aime pas ; si on ne les
implique pas dans les affaires et les fonctions, elles se plaignent d’être
laissées pour compte. C’est la source de graves discordes entre des gens qui
passaient pour être des amis, nous le savons bien ; au comble de
l’indignation, ces gens se séparent et en arrivent à se maudire…

Que personne n’aille se dire
laissé pour compte parce qu’on ne lui a pas accordé de promotion. À ce sujet,
le Seigneur Jésus a préféré Pierre à Jean. Toutefois, en conférant la primauté
à Pierre, il n’en a pas pour autant retiré son affection à Jean. Il a confié
son Eglise à Pierre ; il a remis à Jean sa mère tendrement aimée (Jn 19,27).
Il a donné à Pierre les clés de son royaume (Mt 16,19) ; il a découvert à Jean
les secrets de son coeur (Jn 13,25). Pierre occupe donc un poste élevé, mais
la place de Jean est plus sûre. Pierre a beau avoir reçu le pouvoir, quand
Jésus dit : « L’un de vous me livrera » (Jn 13,21), il tremble et s’affole
avec les autres ; Jean, enhardi par sa proximité du Seigneur, l’interroge, à
l’instigation de Pierre, pour savoir de qui il parle. Pierre doit se livrer à
l’action ; Jean est mis à part pour témoigner son affection, selon la parole :
« Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ». Il nous a donné
l’exemple afin que nous aussi fassions de même.



 SAINT GREGOIRE DE NYSSE : «Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée»

Si l’amour chasse parfaitement la crainte
et si la crainte se transforme en amour, alors on découvre que l’unité
consiste en cet aboutissement du salut: tous sont unis entre eux par
l’adhésion à l’unique bien, au moyen de cette perfection que la colombe
représente.
Car c’est le sens que nous tirons des paroles qui suivent dans le Cantique des cantiques, et que prononce le Bien-Aimé: Unique est ma colombe, unique ma parfaite;elle est la fille unique de sa mère, la préférée de celle qui l’enfanta.
Mais
le sens de ces paroles nous apparaît plus clairement dans le discours
du Seigneur rapporté par l’Évangile. Par sa bénédiction, il a donné
toute puissance à ses disciples; puis, en priant son Père, il accorde
les autres biens à ceux qui en sont dignes. Et il ajoute le principal
de tous les biens: que les disciples ne soient plus divisés par la
diversité de leurs préférences dans leur jugement sur le bien, mais
qu’ils soient tous un par leur union au seul et unique bien. Ainsi, par l’unité du Saint-Esprit, comme dit l’Apôtre, étant attachés par le lien de la paix, ils deviennent tous un seul corps et un seul esprit, par l’unique espérance à laquelle ils ont été appelés.
Mais nous ferons mieux de citer littéralement les divines paroles de l’Évangile : Que tous, dit Jésus. soient un, comme toi, mon Père, tu es en moi, et moi en toi; qu’eux-mêmes soient un en nous.
Or,
le lien de cette unité, c’est la gloire. Que le Saint-Esprit soit
appelé gloire, aucun de ceux qui examinent la question ne saurait y
contredire, s’il considère ces paroles du Seigneur: La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée. Effectivement, il leur a donné cette gloire quand il leur a dit : Recevez le Saint-Esprit.
Cette gloire, qu’il possédait de tout temps, avant que le monde fût,
le Christ l’a pourtant reçue lorsqu’il a revêtu la nature humaine. Et
lorsque cette nature eut été glorifiée par l’Esprit, tout ce qui lui
est apparenté a reçu communication de la gloire de l’Esprit, en
commençant par les disciples. C’est pour cela que Jésus dit: La
gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée; qu’ils soient un comme
nous sommes un; moi en eux et toi en moi, pour qu ‘ils soient
parfaitement un
.
Celui qui, de petit enfant, est parvenu en grandissant à la stature d’homme parfait, qui a rejoint la mesure de l’âge
spirituel ~ ; celui qui est devenu capable de recevoir la gloire de
l’Esprit par sa maîtrise de soi et sa pureté : il est cette colombe
parfaite que regarde l’Epoux lorsqu’il dit: Unique est ma colombe, unique ma parfaite.





TRAITE DE SAINT BASILE : Les dons de l’Esprit

Qui
donc, en entendant les noms que l’on donne à l’Esprit, n’élève pas sa
pensée, ne hausse pas sa réflexion vers ce qu’il y a de plus sublime?
Car on dit: l’Esprit de Dieu, l’Esprit de vérité qui procède du Père, l’Esprit ferme, l’Esprit qui dirige. « Esprit Saint » est son appellation propre et particulière. ~
Vers
lui se tournent tous les êtres qui ont besoin de sanctification; c’est
lui que désirent tous ceux qui vivent selon la vertu, pour être
rafraîchis par son haleine et secourus dans la recherche de la fin
propre qui convient à leur nature. ~
Source de sanctification,
lumière intelligible, il fournit par lui-même comme une sorte de clarté
à toute puissance rationnelle qui veut découvrir la vérité.
Il
est inaccessible de sa nature, mais on peut saisir sa bonté. Il remplit
tout par sa puissance, mais il se communique seulement à ceux qui en
sont dignes, et non pas dans une mesure uniforme mais en distribuant
son activité en proportion de la foi.
Il est simple par son
essence, mais se manifeste par des miracles variés. Il est tout entier
présent à chacun, mais tout entier partout. Il se divise, mais sans
subir aucune atteinte. Il se donne en partage, mais garde son
intégrité: à l’image d’un rayon de soleil, dont la grâce est présente à
celui qui en jouit comme s’il était seul, mais qui brille sur la terre
et la mer, et s’est mélangé à l’air.C’est ainsi que l’Esprit,
présent à chacun de ceux qui peuvent le recevoir comme si celui-ci
était seul, répand sur tous la grâce en plénitude. Ceux qui y
participent en jouissent autant qu’il est possible à leur nature, mais
non pas autant que lui-même peut se donner. ~
Par lui les
coeurs s’élèvent, les faibles sont conduits par la main, ceux qui
progressent deviennent parfaits. C’est lui, en brillant chez ceux qui
se sont purifiés de toute souillure, qui les rend spirituels par leur
communion avec lui.
Comme les objets nets et transparents,
lorsqu’un rayon les frappe, deviennent eux-mêmes resplendissants et
tirent d’eux-mêmes une autre lumière; de même les âmes qui portent
l’Esprit, illuminées par l’Esprit, deviennent elles-mêmes spirituelles
et renvoient la grâce sur les autres.
De là viennent la
prévision de l’avenir, l’intelligence des mystères, la compréhension
des choses cachées, la distribution des dons spirituels, la citoyenneté
céleste, la danse avec les anges, la joie sans fin, la demeure en Dieu,
la ressemblance avec Dieu. et le comble de ce que l’on peut désirer:
devenir Dieu.


Marthe Robin , carnets intimes (1932)


Ô grand Dieu ! Beauté vivante ! Perfection admirable ! O ma vie et mon
cantique de tous les jours ! ô ma joie et ma béatitude ! Mais comment
exprimer avec la plume, peindre avec les couleurs terrestres et des
mots humains cette connaissance de Dieu ? Comment dire ce qui s’est
passé dans l’éblouissement de cette Pâque sans ombre ? (…)
Comment bien parler de Dieu ? Il est, disons-nous, (…) mais qu’est-il ?
Il n’est pas l’inconnaissable, mais il demeure l’incompréhensible, et
donc l’inefable. Quand nous essayons de le définir, nos termes sont si
loin de la réalité qu’ils ressemblent plutôt à des blasphèmes.
…………. Je ne sais que Jésus, je ne veux savoir que Jésus ! Tout
mon idéal de
perfection, tous mes rêves d’avenir, c’est d’être identifiée au
sacrifice de Jésus-Rédempteur et stigmatisée de son Amour, mais d’une
façon toute intérieure, comme Marie, la Vierge martyre, connue de Lui
seul.
J’aime tant cette voie toute faite de souffrance et d’amour, et cette
vie "toute cachée en Dieu avec le Christ", trouvant en ma Mère
bien-aimée, comme en Jésus, l’exemple le plus parfait en même temps que
le plus imitable.A cet instant je fus invitée par le Seigneur à m’approcher du trône de
son infinie majesté sur lequel il avait pris place, resplendissant
d’une beauté insoutenable. (…)
Forte aussi des pieux encouragements de mon père spirituel qui me
commande de m’abandonner complètement et en toute simplicité à tous les
vouloirs de Dieu sur mon âme même lorsqu’il s’agit de phénomènes
surnaturels extraordinaires, je me jetais éperdument dans les bras que
me tendait avec un visible amour notre divin Sauveur, avec un cri de
joyeuse allégresse : "Oh ! Je ne m’en irai plus, j’ai trouvé l’Amour…
J’ai trouvé mon Centre !…"
Moment solennel et si ineffablement divin où Jésus, mon céleste Epoux,
assisté de la Bienheureuse Vierge Marie, belle elle aussi d’une beauté
qui ferme les lèvres, environnée d’une merveilleuse couronne d’anges et
de saints, m’appelle à une nouvelle et mystique alliance ; ou plutôt au
renouvellement de nos noces spirituelles.
Oh ! Pourquoi sommes-nous si secs et froids ? Pourquoi sommes-nous si
peu inflammables ? Quand donc aimerons-nous Dieu pour lui-même ? …
Quand donc l’aimerons-nous et nous aimerons-nous comme il nous aime ?
Ah ! Si toutes les âmes se livraient entièrement à l’Amour, comme elles
seraient bientôt changées et transformées !


 SAINT CYRILLE D’ALEXANDRIE : «Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous»

Tout ce que le Christ avait à faire sur la terre était maintenant accompli; mais il fallait absolument que nous devenions participants de la nature divine du Verbe,
c’est-à-dire que nous abandonnions notre vie propre pour qu’elle se
transforme en une autre, qu’elle se transfigure pour atteindre la
nouveauté d’une vie aimée de Dieu. Et cela ne pouvait se faire
autrement que par union et participation à l’Esprit Saint.
Le
moment le plus indiqué et le plus opportun pour l’envoi de l’Esprit et
sa venue en nous était celui où le Christ notre Sauveur nous quitterait.
En
effet, aussi longtemps qu’il demeurait dans la chair auprès des
croyants, il leur apparaissait, je crois, comme le donateur de tout
bien. Mais lorsque viendrait le moment où il devrait monter vers son
Père des cieux, il faudrait bien qu’il soit présent par son Esprit
auprès de ses fidèles, qu’il habite par la foi dans nos coeurs. Ainsi, le possédant en nous-mêmes, nous pourrions crier avec confiance: Abba, Père;
nous porter facilement vers toutes les vertus et, en outre, montrer
notre force invincible contre tous les pièges du démon et toutes les
attaques des hommes, puisque nous posséderions l’Esprit tout-puissant.
Les
hommes en qui l’Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés;
ils reçoivent de lui une vie nouvelle comme on peut facilement le voir
par des exemples pris dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Samuel,
après avoir adressé tout un discours à Saül, lui dit: L’Esprit du Seigneur fondra sur toi et tu seras changé en un autre homme. Quant à saint Paul: Nous
tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous
sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire, comme il
convient au Seigneur qui est Esprit. Car le Seigneur, c’est l’Esprit
.
Vous
voyez comment l’Esprit transforme pour ainsi dire en une autre image
ceux en qui on le voit demeurer. Il fait passer facilement de la
considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé
vers les réalités célestes; d’une lâcheté honteuse à des projets
héroïques. Nous constatons que ce changement s’est produit chez les
disciples : fortifiés ainsi par l’Esprit, les assauts des persécuteurs
ne les ont pas paralysés; au contraire, ils se sont attachés au Christ
par un amour invincible. C’est absolument indubitable.
Elle est donc bien vraie, la parole du Sauveur: C’est votre intérêt que je retourne au ciel. Car, c’est le moment de la descente de l’Esprit.



Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe
Ecrits (trad. Sophrony, Starets, Eds. Présence 1975, p. 384 rev.)

Pourquoi est-ce que l’homme souffre sur terre ? Pourquoi est-ce qu’il endure des peines et subit des maux ? Nous souffrons parce que nous n’avons pas d’humilité. Dans une âme humble vit le Saint Esprit, et il lui donne la liberté, la paix, l’amour et le bonheur.
Nous souffrons parce que nous n’aimons pas notre frère. Le Seigneur dit : « Aimez-vous les uns les autres, et vous serez mes disciples » (Jn 13,35). Quand nous aimons notre frère, l’amour de Dieu vient à nous. L’amour de Dieu est d’une grande douceur ; c’est un don du Saint Esprit, et on ne le connaît en plénitude que par le Saint Esprit. Mais il existe un amour modéré, celui que l’homme obtient quand il s’efforce d’accomplir les commandements du Christ et craint d’offenser Dieu ; et cela aussi est bien. Il faut chaque jour s’efforcer au bien et, de toutes ses forces, apprendre l’humilité du Christ.


 

SAINT GAUDENCE DE BRESCIA
L’Eucharistie, Pâque du Seigneur.

Un seul est mort pour tous, et c’est le même qui, à travers toutes les maisons de l’Eglise, dans le mystère du pain et du vin, réconforte en étant immolé, donne la vie en étant cru, sanctifie ceux qui le consacrent en étant consacré.
C’est la chair, c’est le sang de l’Agneau. Car le pain qui est descendu du ciel a dit: Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde. Et son sang est fort bien signifié par l’apparence du vin, puisqu’en disant lui-même dans l’Évangile: Moi, je suis la vraie vigne, il montre clairement que son sang, c’est n’importe quel vin offert pour représenter sa passion. Aussi le saint patriarche Jacob avait-il fait cette prophétie sur le Christ: Il lave son vêtement dans le vin, son habit dans le sang de la grappe. Effectivement, il devait laver son vêtement, c’est-à-dire notre corps, dans son propre sang.
Lui qui est le Créateur et le Seigneur de la nature, qui fait sortir le pain de la terre, il fait avec du pain (parce qu’il le peut et qu’il l’a promis) son propre corps; et lui qui a fait du vin avec de l’eau, il a fait son sang avec du vin.
C’est la Pâque du Seigneur, dit-il, c’est-à-dire son passage. Car tu ne dois pas penser que c’est un élément terrestre: en « passant » en lui, il en a fait une réalité céleste, il en a fait son corps et son sang.
Ce que tu reçois, c’est le corps qui provient de ce pain céleste, c’est le sang de cette vigne sainte. Car, lorsqu’il présentait le pain et le vin à ses disciples, il leur a dit: Ceci est mon corps; ceci est mon sang. Croyons, je vous en prie, celui en qui nous avons mis notre foi; il ignore le mensonge, lui qui est la vérité.
Lorsqu’il parla de manger son corps et de boire son sang, les foules furent stupéfaites, et elles protestaient: Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter!C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Aussi, pour purifier par le feu du ciel ces pensées, dont je vous ai dit qu’il faut les éviter, il ajouta:



Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Soeurs Missionnaires de la Charité Something Beautiful for God (trad. La Joie du don, p. 73 rev.) « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous »

La joie est prière. La joie est force. La joie est amour. Elle est comme un filet d’amour qui prend les âmes. « Dieu aime ceux qui donnent avec joie » (2Co 9,7). Ceux qui donnent avec joie donnent le plus. Il n’y a pas de meilleure façon de manifester notre gratitude à Dieu et aux hommes que d’accepter tout avec joie. Un coeur brûlant d’amour est nécessairement un coeur joyeux. Ne laissez jamais la tristesse vous envahir au point de vous faire oublier la joie du Christ ressuscité.
Nous éprouvons tous l’ardent désir du ciel où se trouve Dieu. Or il est en notre pouvoir à tous d’être dès maintenant au ciel avec lui, d’être heureux avec lui en cet instant même. Mais ce bonheur immédiat avec lui veut dire : aimer comme il aime, aider comme il aide, donner comme il donne, servir comme il sert, secourir comme il secourt, demeurer avec lui toutes les heures du jour, et toucher son être même derrière le visage de l’affliction humaine.



Jean Paul II

Homélie lors de la commémoration oecuménique des témoins de la foi du 20ème siècle, 7/5/00 (trad. DC 2227, p. 503 © Libreria Editrice Vaticana)
« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi »

« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12,25). Il s’agit là d’une vérité que le monde contemporain refuse souvent et méprise, car il fait de l’amour de soi le critère suprême de l’existence. Mais les témoins de la foi [du vingtième siècle] n’ont considéré ni leur propre avantage, ni leur bien-être, ni même leur survie comme des valeurs supérieures à la fidélité à l’Évangile. Malgré leur faiblesse, ils ont opposé une résistance vigoureuse au mal. Dans leur fragilité a resplendi la force de la foi et de la grâce du Seigneur.



LETTRE À DIOGNÈTE
Les chrétiens dans le monde.

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres; ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.
Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.
Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité.
En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible; ainsi les chrétiens: on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs.
L âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est elle qui maintient le corps; et les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c’est eux qui maintiennent le monde. L’âme immortelle campe dans une tente mortelle: ainsi les chrétiens campent-ils dans le monde corruptible, en attendant l’incorruptibilité du ciel. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif; et les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter.


 

SAINT MAXIME DE TURIN  pour la Paques


Le jour qui n’a pas de nuit.

Par la résurrection du Christ, les enfers s’ouvrent, par les nouveaux membres de l’Eglise, la terre est renouvelée, et le ciel est ouvert par le Saint-Esprit. Car les enfers en s’ouvrant laissent sortir les morts, la terre renouvelée fait germer ceux qui ressuscitent, le ciel ouvert accueille ceux qui y montent.
Enfin le malfaiteur monte au paradis, les corps des saints entrent dans la Cité sainte, les morts reviennent à la vie à la résurrection du Christ, tous les éléments sont comme transfigurés. Les enfers font remonter ceux qu’ils détenaient, la terre envoie au ciel ceux qu’elle avait ensevelis, le ciel présente au Seigneur ceux qu’il accueille; par une seule et même action la passion du Sauveur fait remonter des abîmes, élève au-dessus de la terre, fait trouver place dans les hauteurs.
Car la résurrection du Christ est vie pour les morts, pardon pour les pécheurs, gloire pour les saints. Le saint Prophète invite toutes les créatures à fêter la résurrection du Christ, car il dit qu’il faut exulter et se réjouir en ce jour que le Seigneur a fait. ~
La lumière du Christ est un jour qui n’a pas de nuit, un jour qui n’a pas de fin. ~ Que le Christ soit lui-même ce jour, l’Apôtre nous le dit: La nuit est partie, le jour est arrivé. La nuit est partie, dit-il, donc elle ne viendra plus; comprenez-le: lorsque survient la lumière du Christ, elle dissipe les ténèbres du démon, et elle n’est pas suivie par la nuit du péché ; elle chasse par sa splendeur permanente l’obscurité présente, elle arrête la progression sournoise du péché. ~
C’est le Fils en personne qui est le jour, car le Père qui est aussi le jour lui dévoile son mystère. Je dis bien: il est le jour, lui qui a dit par la bouche de Salomon: J’ai fait se lever dans le ciel la lumière sans déclin.
De même que la nuit ne succède jamais à ce jour céleste, de même les ténèbres du péché ne succèdent pas à la justice du Christ. C’est pour toujours que la lumière céleste resplendit, éclaire et brille, et aucune obscurité ne peut l’emprisonner. De même, c’est pour toujours que la lumière du Christ étincelle, rayonne, illumine, et ne peut être arrêtée par aucune obscurité des péchés, ce qui fait dire à saint Jean: La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. ~
Donc, mes frères, nous devons tous exulter en ce saint jour. Que personne ne se soustraie à la joie commune parce qu’il a conscience de ses péchés, que personne ne soit écarté des prières communes par le fardeau de ses fautes! En un tel jour, même le pécheur ne doit pas désespérer du pardon; c’est en effet un grand privilège. Si un malfaiteur a obtenu le paradis, pourquoi le chrétien n’obtiendrait-il pas le pardon?



Saint Silouane (1866-1938)
, moine orthodoxe
Ecrits (trad. Eds. Présence 1975, p.445)

« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire »
Les apôtres ont vu le Seigneur dans sa gloire lorsqu’il a été transfiguré sur le Mont Thabor ; mais, plus tard, à l’heure de sa Passion, ils ont pris la fuite avec crainte. Telle est la fragilité de l’homme. En vérité, nous sommes bien de cette terre ; même plus : de cette terre pécheresse. C’est pourquoi le Seigneur a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Et il en est ainsi.
Quand la grâce est en nous, nous sommes vraiment humbles ; alors notre intelligence est plus vive, et nous sommes obéissants, doux, agréables à Dieu et aux hommes. Mais quand nous perdons la grâce, nous nous desséchons comme un sarment retranché de la vigne. Si quelqu’un n’aime pas son frère pour lequel le Seigneur est mort au milieu de grandes souffrances, c’est qu’il s’est retranché de la Vigne. Mais celui qui lutte avec le péché sera porté par le Seigneur, comme le cep porte le sarment.



père
Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

« Mes bien aimés, ce que je vous écris n’est pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien… Et pourtant, ce commandement que je vous écris est nouveau » (1Jn 2, 7-8). Alors, c’est un commandement nouveau ou un commandement ancien ? L’un et l’autre. Ancien selon l’écriture car il avait été donné depuis longtemps ; nouveau selon l’Esprit, car la force de le mettre en pratique n’est donnée qu’avec le Christ. Nouveau ne s’oppose pas, ici, je le disais, à ancien mais à vieux. Le commandement d’aimer son prochain « comme soi-même » était devenu un commandement « vieux » c’est-à-dire faible et usé, à force d’être transgressé, car la Loi imposait certes l’obligation d’aimer, mais elle ne donnait pas la force pour le faire.
Pour cela, il fallait la grâce. Et en réalité, le commandement de l’amour n’est pas devenu, en soi, un commandement nouveau lorsque Jésus l’a formulé, durant sa vie, mais lorsque, mourant sur la croix et nous donnant l’Esprit Saint, il nous rend de fait capables de nous aimer les uns les autres, infusant en nous l’amour qu’il a lui-même pour chacun de nous .




Saint Augustin (354-430),
Homélies sur St Jean, n° 65
:

« Tous les membres du corps ont souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l’honneur, tous les membres se réjouissent avec lui » (1Co 12,25-26). Ils entendent, en effet, et ils observent cette parole : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres », non pas comme font les débauchés, ni ceux qui s’aiment simplement parce qu’ils ont une même nature, mais comme s’aiment ceux qui sont tous « des dieux » (Jn 10,35) et « les fils du Très-Haut » (Lc 6,35), pour devenir ainsi les frères de son Fils unique. Ceux-là s’aiment les uns les autres parce que lui-même les a aimés, pour les conduire à la fin qui les comblera, là où leur désir pourra se rassasier de tous les biens. En effet, tous les désirs seront comblés lorsque Dieu sera « tout en tous » (1Co 15,28)…Celui qui aime son prochain d’un amour pur et spirituel, qu’aimera-t-il en lui si ce n’est Dieu ? C’est cet amour que le Seigneur veut séparer de l’affection purement naturelle lorsqu’il ajoute : « Comme je vous ai aimés ». Qu’est-ce qu’il a aimé en nous, si ce n’est Dieu ? Non pas Dieu tel que nous le possédons déjà mais tel qu’il veut que nous le possédions là où « Dieu sera tout en tous ». Le médecin aime ses malades à cause de la santé qu’il veut leur donner, non à cause de la maladie. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». C’est pour cela qu’il nous a aimés : afin qu’à notre tour nous nous aimions les uns les autres.



Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
Discours sur les psaumes, Ps 86
Saints Philippe et Jacques, apôtres, fondations de la cité sainte (Ap 21,19)

« Ses fondements sont sur les montagnes saintes ; le Seigneur chérit les portes de Sion » (Ps 86,1-2)… « Vous êtes les concitoyens des saints, vous faites partie de la maison de Dieu. Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et la pierre angulaire c’est le Christ Jésus lui-même » (Ep 2,19-20)… Le Christ, pierre angulaire, et les montagnes, c’est-à-dire les apôtres et les grands prophètes qui portent tout l’ensemble de la cité, forment une sorte d’édifice vivant. Cet édifice vivant a une voix qui retentit maintenant dans vos coeurs. C’est Dieu, ouvrier habile, qui se sert de mon langage afin de vous presser de prendre place dans cette construction : comme autant de pierres taillées aux quatre côtés égaux…
Remarquez la forme d’une pierre parfaitement carrée : elle est comme l’image du chrétien. Le chrétien, quelque tentation qu’il éprouve, ne tombe pas ; il peut être poussé violemment, retourné en quelque sorte, il ne tombe pas. Car, de quelque côté que vous retourniez une pierre carrée, elle reste toujours debout… Soyez donc semblables à des pierres carrées, et préparés à tous les chocs ; et, quelque soit la force qui vous poussera, qu’elle ne puisse pas vous faire perdre l’équilibre…
Vous vous élèverez pour prendre place dans cet édifice par une vie chrétienne sincère, par la foi, par l’espérance et par la charité. La cité sainte est formée de ses propres citoyens ; les mêmes hommes sont à la fois les pierres et les citoyens, car ces pierres sont vivantes. « Vous-mêmes, dit l’Écriture, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel » (1P 2,5)… Pourquoi les apôtres et les prophètes sont-ils les fondements de la ville ? Parce que leur autorité soutient notre faiblesse… Par eux, nous entrons dans le royaume de Dieu ; ils sont pour nous les prédicateurs du salut. Et quand nous entrons par eux dans la cité, nous y entrons par le Christ — car il est lui-même la porte (Jn 10,9).



Benoist XVI sur Origéne ,
le grand Maître d’Alexandrie : « Entre humains aussi, on ne connaît l’autre réellement en profondeur que s’il y a l’amour, si les cœurs s’ouvrent »
« La semaine dernière, rappelait le pape, nous avons parlé de la vie et de la production littéraire d’Origène, Aujourd’hui, je m’arrêterai à son enseignement sur la prière et sur l’Église » .
Maître de « lectio divina »
« Pour Origène, expliquait le pape, la compréhension des Écritures demande l’intimité avec le Christ ainsi que la prière, car l’amour est le chemin privilégié pour connaître Dieu. Origène a donc joué un ‘rôle essentiel’ dans l’histoire de la Lectio divina, que l’évêque saint Ambroise introduira ensuite en Occident. Pour montrer que le plus haut niveau de la connaissance de Dieu jaillit de l’amour, Origène se fonde sur une signification parfois donnée au verbe connaître, en hébreu, pour exprimer l’acte de l’amour humain. Cela suggère que l’union dans l’amour procure la connaissance la plus authentique. Ainsi, la prière d’Origène atteint les plus hauts niveaux de la mystique ».
Mener une vie « pure et honnête »
« Venons-en maintenant à un enseignement d’Origène sur l’Église, et précisément sur la démarche de tous les fidèles, annonçait le pape. Une conduite de vie intègre, mais surtout l’accueil et l’étude de la Parole, fixent une vraie ‘hiérarchie de la sainteté’ chez les fidèles. Au sommet de ce chemin de perfection, Origène place le martyre. Ce chemin de perfection nous concerne tous, pourvu que le regard de notre cœur se pose sur la contemplation de la Sagesse et de la Vérité qu’est Jésus Christ, et que notre existence soit pure et honnête ».

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