Augustin d’ Hippone; Edith Stein; Faustine Kowalska; Basile; Grégoire le Grand; P. Cantalamessa; Grégoire de Narek; Jea Pierre Chrysologue.

      

                         Sunset at the Portara                                               A Prominent Solar Prominence from SOHO

 

DE SAINT AUGUSTIN 

La plénitude de l’amour dont nous devons nous chérir mutuellement, frères très chers, le Seigneur l’a définie lorsqu’il a dit: Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. ~ Il en découle ce que le même évangéliste saint Jean dit dans sa lettre: De même que le Christ a donné sa vie pour nous, de même devons-nous donner notre vie pour nos frères. Oui, nous devons nous aimer mutuellement comme il nous a aimés, lui qui a donné sa vie pour nous.
C’est bien ce qu’on lit dans les Proverbes de Salomon: Si tu t’assieds à la table d’un grand, regarde bien les mets qui te sont servis, et prépare-toi à l’action, car tu sais que tu dois lui en offrir autant. Quelle est cette table d’un grand, sinon celle où l’on consomme le corps et le sang de celui qui a donné sa vie pour nous? Qu’est-ce que s’y asseoir, sinon y prendre place humblement? Qu’est-ce que bien regarder les mets qui te sont servis, sinon prendre conscience d’une si grande grâce? Qu’est-ce que te préparer à l’action parce que tu dois lui en offrir autant, sinon ce que j’ai déjà dit: que nous devons donner notre vie pour nos frères comme le Christ a donné sa vie pour nous? Comme le dit en effet l’Apôtre Pierre: Le Christ a souffert pour nous et nous a laissé son exemple afin que nous suivions ses traces: c’est cela, lui en offrir autant. C’est ce que les martyrs ont fait avec un ardent amour. Si nos célébrations sur leurs tombeaux ont un sens, si nous prenons place à la table du Seigneur, pour le banquet où ils se sont eux-mêmes rassasiés, il faut que, comme eux, nous sachions en offrir autant.
C’est pourquoi nous faisons mémoire des martyrs, en prenant place à cette table, non pas afin de prier pour eux, comme pour les autres défunts qui reposent dans la paix: c’est bien plutôt afin qu’ils prient pour nous, et que nous suivions leurs traces. Car ils ont accompli cet amour dont le Seigneur a dit qu’il ne peut en être de plus grand. Ils ont offert à leurs frères cela même qu’ils ont reçu à la table du Seigneur.
Ceci ne signifie pas que nous puissions égaler le Christ Seigneur, si nous témoignons pour lui jusqu’à verser notre sang. Il avait le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre; mais nous, nous ne vivons pas autant que nous voulons, et nous mourons même si nous ne le voulons pas. Lorsqu’il est mort, il a aussitôt anéanti la mort, et nous, nous sommes délivrés de la mort dans sa mort. Sa chair n’a pas connu la corruption; notre chair, après la corruption, à la fin du monde, sera revêtue par lui d’incorruptibilité. Lui n’avait pas besoin de nous sauver, tandis que sans lui nous ne pouvons rien faire: il s’est montré comme la vigne dont nous sommes les sarments et nous ne pouvons avoir la vie en dehors de lui.
Enfin, si des frères meurent pour leurs frères, néanmoins le sang d’aucun martyr n’est versé pour le pardon des péchés commis par ses frères, ce que le Seigneur a fait pour nous. En cela, il ne nous a pas chargés de l’imiter, mais de lui rendre grâce. Lorsque les martyrs ont versé leur sang pour leurs frères, ils en ont donc offert autant que ce qu’ils avaient reçu à la table du Seigneur. Aimons-nous donc les uns les autres, ainsi que le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous.

                                     
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Edith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l’Europe
Méditation pour la fête de l’Exaltation de la Croix, 14/09/1939 (trad. La Crèche et la croix, Ad Solem 1995, p. 63s)

Devant toi, le Sauveur pend à la croix, parce qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix (Ph 2,8)… Devant toi, ton Sauveur pend à la croix, nu et démuni, parce qu’il a choisi la pauvreté… Devant toi, ton Sauveur pend à la croix, le coeur ouvert. Il a répandu le sang de son coeur pour gagner ton coeur. Si tu veux le suivre dans la sainte chasteté, ton coeur doit se purifier de tout désir terrestre… Les bras du Crucifié sont étendus pour t’attirer sur son coeur. Il veut ta vie pour te donner la sienne. Ave Crux, spes unica ! Salut, sainte croix, notre unique espérance !
Le monde est en flammes… Mais, au-dessus de toutes les flammes, se dresse la croix que rien ne peut consumer. Elle est le chemin de la terre au ciel. Celui qui l’embrasse avec foi, avec amour et dans l’espérance, elle l’emporte au sein de la Trinité. Le monde est en flammes. Sens-tu l’urgence de les éteindre ? Elève ton regard vers la croix. Du coeur ouvert jaillit le sang du Rédempteur, le sang qui éteint les flammes de l’enfer. Libère ton coeur…et le flot de l’amour divin le remplira jusqu’à le faire déborder et lui fera porter du fruit jusqu’aux confins de la terre.
 Entends-tu le gémissement des blessés sur tous les champs de bataille ? Tu n’es ni médecin ni infirmière, et tu ne peux pas panser leurs plaies. Tu es cloîtrée, dans ta cellule, et tu ne peux pas parvenir jusqu’à eux. Entends-tu le cri d’angoisse des mourants ? Tu voudrais être un prêtre et les assister. Es-tu émue de la détresse des veuves et des orphelins ? Tu voudrais être un ange consolateur et te porter à leur secours. Lève les yeux vers le Crucifié. Si tu es son épouse, dans la fidèle observance de tes voeux, son précieux sang sera aussi le tien. Liée à lui, tu seras présente partout, comme il l’est aussi. Non pas ici ou là, comme le médecin, l’infirmière ou le prêtre, mais sur tous les fronts, en chaque lieu de désolation — présente dans la force de la croix…
 Les yeux du Crucifié se posent sur toi : ils t’interrogent, ils te scrutent. Es-tu prête à refaire alliance avec le Crucifié ? Que vas-tu lui répondre ? « Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Ave Crux, spes unica !

   
                                       
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

Ô Dieu de grande miséricorde, Bonté infinie, voilà qu’aujourd’hui l’humanité tout entière appelle de l’abîme de sa misère ta miséricorde, ta pitié, ô Dieu, et elle appelle avec la voix puissante de la misère. Dieu bienveillant, ne rejette pas les prières des exilés de cette terre. Ô Seigneur, Bonté inconcevable, tu connais à fond notre misère et tu sais que nous ne pourrions pas de nos propres forces nous élever jusqu’à toi. C’est pourquoi, nous t’en supplions, devance-nous de ta grâce et augmente sans cesse en nous ta miséricorde, afin que nous accomplissions fidèlement ta sainte volonté durant toute notre vie, ainsi qu’à l’heure de notre mort. Que la toute-puissance de ta miséricorde nous abrite des attaques des ennemis de notre salut, afin que nous attendions avec confiance, comme tes enfants, ta venue dernière, dont le jour est connu de toi seul. Et nous, nous attendons à recevoir tout ce qui nous est promis par Jésus, malgré toute notre misère, car Jésus est notre espérance ; par son coeur miséricordieux nous passons comme par les portes ouvertes du ciel.


 
                           
                                            In the Heart of the Tarantula Nebula

HOMÉLIE DE SAINT BASILE


Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie de sa richesse! Alors, où est la vraie gloire et en quoi l’homme est-il vraiment grand? Le prophète répond: Celui qui veut se glorifier trouvera sa gloire s’il reconnaît et comprend que je suis le Seigneur.
Voilà quelle est la noblesse de l’homme, voilà quelle est sa gloire et sa grandeur: connaître vraiment ce qui est grand et s’y unir, et rechercher sa gloire dans la gloire de Dieu. L’Apôtre dit en effet : Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur, après avoir dit: Le Christ a été envoyé pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption. ~
Voilà quelle est en Dieu notre fierté parfaite et exacte: ne pas se flatter de sa propre justice, mais savoir qu’on est dépourvu de vraie justice et ne trouver sa justice que dans la foi au Christ. Et c’est en cela que Paul se glorifie, car il méprise sa propre justice : il recherche cette justice qui est donnée par le Christ, qui vient de Dieu et qui consiste en la foi, pour connaître le Christ, éprouver la puissance de sa résurrection, et communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant sa mort dans l’espoir de parvenir à ressusciter d’entre les morts.
Alors, toute la prétention de l’orgueil s’écroule. Il ne te reste plus rien, pauvre homme, dont tu puisses te vanter, où tu puisses mettre ta fierté et ton espérance. Il ne te reste qu’à mortifier tout ce que tu possèdes, qu’à chercher dans le Christ ta vie future. Nous l’ avons par avance, nous y sommes déjà, puisque nous vivons entièrement par la grâce que Dieu nous donne.
Et certes, c’est l’action de Dieu qui produit en nous la volonté et l’action, parce qu’il veut notre bien. En outre Dieu nous révèle par son Esprit sa sagesse qui a préparé notre gloire. Et c’est Dieu qui nous donne la force dont nous avons besoin dans nos labeurs. J’ai travaillé plus qu’eux tous, dit saint Paul; non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
Dieu nous a délivrés de tout danger au-delà de toute espérance humaine. Nous avions reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort, dit saint Paul. Ainsi notre confiance ne pouvait plus se fonder sur nous-mêmes, mais sur Dieu qui ressuscite les morts. C’est lui qui nous a arrachés à une telle mort et nous en arrachera; en lui nous avons mis notre espérance: il nous en arrachera encore.

Il est plus grand que notre coeur,   
le coeur de notre Dieu !
Elle est plus forte que notre force,
la faiblesse du Christ !
Folie pour les hommes, Sagesse du Royaume !
Heureux les humbles :
ils posséderont la terre !
Humiliez-vous sous la main du Seigneur,
afin qu’il vous élève au temps de sa visite.
Devenez semblables aux petits enfants,
c’est à eux qu’appartient le Royaume.
Jésus s’est humilié, obéissant jusqu’à la mort,
et Dieu l’a exalté.

 

                        Saturn: Moons in Transit

 4 Lunes de Saturne: De gauche à droite: Encelade et son ombre, Dione et son ombre, Titan la plus grosse lune de Saturne, et Mimas touchant le bord droit.

 

SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

Le bienheureux Job, préfigurant l’Église, parle tantôt au nom du corps, tantôt au nom de la tête. Et, alors que les membres sont l’objet de ses discours, il s’élève tout à coup aux paroles dites par la tête. C’est pourquoi, il dit: J’ai souffert tout cela sans qu’il y ait aucun crime dans mes mains, et alors que je présentais à Dieu des prières pures.
En effet, il a souffert sans qu ‘il y ait eu aucun crime dans ses mains, celui qui n ‘a jamais commis de péché ni proféré de mensonge; pourtant, il a subi le supplice de la croix pour nous racheter. Contrairement à tous, lui seul a présenté des prières pures, puisque, jusque dans le supplice de la passion, il faisait cette prière pour ses persécuteurs:
Père, pardonne-leur; ils ne savent pas ce qu’ils font.
Que peut-on dire, que peut-on penser de plus pur, dans la prière, que d’intercéder avec miséricorde pour ceux qui vous font souffrir? C’est pourquoi le sang de notre Rédempteur, que ses persécuteurs furieux avaient répandu, les croyants l’ont bu par la suite et ont proclamé que Jésus est le Fils de Dieu, Au sujet de ce sang, il est dit ensuite avec à-propos: Terre, ne couvre point mon sang, et n’arrête pas mon cri. L’homme, après son péché, avait entendu cette sentence : Tu es terre, et tu retourneras à la terre.
Or, cette terre n’a pas caché le sang de notre Rédempteur, parce que tout homme pécheur, buvant le sang qui a payé sa rédemption, la proclame, en rend grâce et la fait connaître à tous ceux qu’il approche. Et la terre n’a pas recouvert son sang, parce que la sainte Eglise a proclamé déjà maintenant le mystère de sa rédemption dans toutes les parties du monde.
Afin que le sacrement de la passion du Seigneur ne soit pas inefficace en nous, nous devons imiter ce qui nous est donné à boire et proclamer aux autres ce que nous vénérons. En effet, son cri est arrêté en nous, si la langue tient caché ce que l’âme a cru, Mais, pour que son cri ne soit pas arrêté en nous, il reste que chacun, selon sa capacité, fasse connaître à ceux qu’il approche le mystère qui le fait vivre.

                                  

                                  The Seahorse of the Large Magellanic Cloud

 Prédication de Carême du P. Cantalamessa Vendredi 20 mars 2009 (ZENIT.org)

1. La loi de l’Esprit et la Pentecôte

La façon dont l’Apôtre commence sa réflexion sur l’Esprit Saint au chapitre 8 de l’Epître aux Romains a vraiment de quoi surprendre : « Il n’y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. La loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». Il a consacré le chapitre précédent tout entier à établir que « le chrétien est affranchi de la Loi », et voici qu’il aborde le nouveau chapitre en parlant de la Loi en termes positifs et exaltants. « La loi de l’Esprit » signifie la loi qui est l’Esprit lui-même ; il s’agit d’un génitif d’explication, telle la fleur de la rose qui est la rose elle-même.Pour comprendre ce que Paul entend par cette expression, il faut se reporter à l’évènement de la Pentecôte. Le récit de la venue de l’Esprit Saint, dans les Actes des Apôtres, commence par « Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu » (Ac 2, 1). On peut en déduire que la Pentecôte préexistait… à la Pentecôte. Autrement dit, il existait déjà une fête de Pentecôte dans le judaïsme, et c’est en ce jour de fête juive que l’Esprit Saint est descendu sur les apôtres.Dans l’Ancien Testament, il existait deux interprétations essentielles de la fête de Pentecôte. Au début, la Pentecôte était la fête des « sept semaines » (Tb 2, 1), aussi appelée fête de la récolte ou de la moisson (Nb 28, 26 ss), le jour où avait lieu l’offrande à Dieu des prémices des premiers épis d’orge (Ex 23, 16 ; Dt 16, 9). Mais ensuite, à l’époque de Jésus, la fête s’est enrichie d’un nouveau sens et devient la fête du don de la loi sur le mont Sinaï et de la conclusion de l’alliance ; bref, la fête qui commémorait les évènements décrits en Ex 19-20 (en effet, d’après des calculs propres à la Bible, la loi fut donnée à Moïse au Sinaï cinquante jours après la Pâque).D’une fête liée au cycle de la nature (la récolte), la Pentecôte s’est transformée en fête liée à l’histoire du salut : « Ce jour de la ‘Fête des semaines’ – dit un texte de l’actuelle liturgie hébraïque – est celui du don de notre Torah ». A sa sortie d’Egypte, le peuple a marché pendant cinquante jours au désert et, au terme de cette marche, Dieu donna à Moïse la Loi, établissant sur cette base une alliance avec son peuple : « je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte » (Ex 19, 4-6).Il semble que saint Luc, pour décrire la descente de l’Esprit Saint, ait volontairement repris les traits caractéristiques   de la théophanie du Sinaï ; en effet, les images qu’il utilise rappellent le tremblement de terre et le feu. La liturgie de l’Eglise confirme cette interprétation, puisqu’elle insère Ex 19 parmi les lectures de la Vigile de Pentecôte.Que nous suggère ce rapprochement avec notre Pentecôte ? Autrement dit, que signifie le fait que l’Esprit Saint soit descendu sur l’Eglise précisément le jour où Israël faisait mémoire du don de la loi et de l’alliance ? Saint Augustin se posait déjà cette question : « Pourquoi les Juifs célébraient-ils eux aussi la Pentecôte ? Il y a là un grand et merveilleux mystère, frères : si vous y prêtez attention, le jour de la Pentecôte ils recevaient la loi écrite par le doigt de Dieu et c’est ce jour-là de Pentecôte que descend l’Esprit Saint »[1]Un autre Père – cette fois d’Orient – nous permet de voir comment cette interprétation de la Pentecôte a représenté, aux premiers siècles, un patrimoine commun à toute l’Eglise : « Au jour de la Pentecôte a été donnée la Loi ; il le fallait car le jour où la loi ancienne a été donnée, ce jour-là a été donnée la grâce de l’Esprit »[2].Ici, la réponse à notre question est claire, à savoir pourquoi l’Esprit Saint descend sur les Apôtres le jour même de la Pentecôte : c’est pour indiquer qu’il est la loi nouvelle, la loi spirituelle qui scelle l’alliance nouvelle et éternelle et consacre le peuple royal et sacerdotal qu’est l’Eglise. Quelle révélation grandiose sur le sens de la Pentecôte et sur l’Esprit Saint lui-même !« Qui ne serait frappé, s’exclame saint Augustin, de cette coïncidence et en même temps de cette différence ? Cinquante jours séparent la célébration de la Pâque du jour où Moïse reçut la loi écrite par le doigt de Dieu sur les tables ; et pareillement, cinquante jours après la mort et la résurrection de celui qui comme un agneau fut conduit à l’immolation, le doigt de Dieu, c’est-à-dire l’Esprit Saint, remplit lui-même les fidèles réunis »[3].Du coup s’éclairent les prophéties de Jérémie et d’Ezéchiel sur la nouvelle alliance : « Voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur coeur » (Jr 31, 33). Non plus sur des tables de pierre, mais sur leur coeur ; non plus une loi extérieure, mais une loi intérieure.Ezéchiel explique mieux en quoi consiste cette loi intérieure lorsqu’il reprend et complète la prophétie de Jérémie : « Et je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes » (Ez 36, 26-27).Que saint Paul, avec l’expression « la loi de l’Esprit », se réfère à tout cet ensemble de prophéties en lien avec le thème de la nouvelle alliance, ressort clairement du passage dans lequel il nomme la communauté de la nouvelle alliance une « lettre du Christ, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs » et dans lequel il définit les apôtres comme des « ministres rendus capables d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue, l’Esprit vivifie » (2 Co 3, 3.6).

2. Ce qu’est la loi de l’Esprit et comment elle agit

C’est pourquoi la loi nouvelle, ou de l’Esprit, n’est pas, au sens strict, celle promulguée par Jésus dans son Discours sur la montagne, mais celle gravée dans les cœurs au jour de la Pentecôte. Certes, les préceptes évangéliques sont plus élevés et plus parfaits que les préceptes de Moïse ; toutefois, à eux seuls, ils seraient restés tout aussi inefficaces. S’il avait suffi de proclamer la nouvelle volonté de Dieu à travers l’Evangile, on ne saurait expliquer la nécessité pour Jésus de mourir ni celle de la venue de l’Esprit Saint. Or les apôtres eux-mêmes sont la preuve que cela ne suffisait pas ; eux qui pourtant ont tout écouté – par exemple, qu’il faut, tendre, à celui qui te frappe, l’autre joue – au moment de la Passion ne trouvèrent la force de suivre aucun des commandements de Jésus.Si Jésus s’était contenté de promulguer le commandement nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34), celui-ci serait resté, ce qu’il était auparavant, une loi ancienne, une « lettre ». C’est quand, au jour de la Pentecôte, il insuffle, au moyen de l’Esprit, cet amour dans le coeur des disciples que ce commandement devient, de plein droit, la loi nouvelle, la loi de l’Esprit qui donne la vie. C’est par l’Esprit que ce commandement est « nouveau », non quant à la lettre. Par la lettre, il était ancien car il se trouve déjà dans l’Ancien Testament (Lv 19,18).Sans la grâce intérieure du Saint Esprit, même l’Evangile donc, même le commandement nouveau, serait resté une loi ancienne, une lettre. Reprenant une pensée audacieuse de saint Augustin, saint Thomas d’Aquin écrit : « La lettre désigne tout texte écrit qui demeure extérieur à l’homme, fût-ce le texte des préceptes moraux contenus dans l’Evangile ; c’est pourquoi même la lettre de l’Evangile tuerait si, à l’intérieur de l’homme, ne s’y adjoignait la grâce guérissante de la foi »[4]. Plus explicite encore, ce qu’il a écrit un peu avant : « La loi nouvelle est d’abord la grâce même de l’Esprit Saint, qui est donnée aux croyants dans le Christ »[5].Mais comment cette loi nouvelle, qui est l’Esprit lui-même, agit-elle concrètement et dans quel sens peut-on l’appeler « loi » ? Elle agit à travers l’amour ! La loi nouvelle n’est pas autre chose que ce que Jésus appelle le « commandement nouveau ». L’Esprit Saint a inscrit la loi nouvelle dans nos coeurs, en y infusant l’amour : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 5). Cet amour est l’amour avec lequel Dieu nous aime et avec lequel, en même temps, il fait que nous l’aimions lui et le prochain : amor quo Deus nos diligit et quo ipse nos dilectores sui facit [6]. C’est une capacité nouvelle d’aimer.Celui qui aborde l’Evangile avec la mentalité humaine trouve absurde que l’on fasse de l’amour un « commandement » ; quel amour est-ce donc – objecte-t-on – s’il n’est pas libre, mais commandé ? La réponse est qu’il y a deux façons dont l’homme est conduit à faire, ou ne pas faire, une certaine chose : soit par contrainte, soit par attrait ; la loi positive l’y conduit selon la première manière, par contrainte, avec la menace du châtiment ; l’amour l’y conduit selon la seconde manière, par attraction.En effet, chacun est attiré par ce qu’il aime, sans subir aucune contrainte de l’extérieur. Offre des noix aux regards d’un enfant, et tu le verras s’élancer pour les attraper. Qui le pousse ? Personne, il est attiré par l’objet de son désir. Montre le Bien à une âme assoiffée de vérité, elle s’élancera vers lui. Qui l’y pousse ? Personne, elle est attirée par son désir. L’amour est comme un « poids » de l’âme qui attire vers l’objet de son propre plaisir, dans lequel elle sait qu’elle va trouver son repos[7].C’est dans ce sens que l’Esprit Saint – concrètement, l’amour – est une « loi », un « commandement » : il crée chez le chrétien un dynamisme qui le porte à faire tout ce que Dieu veut, spontanément, sans même y penser, parce qu’il a fait sienne la volonté de Dieu et aime tout ce que Dieu aime.Vivre sous la grâce, conduits par la loi nouvelle de l’Esprit, c’est en quelque sorte vivre en « amoureux », c’est-à-dire transportés par l’amour. La différence que crée, dans le rythme de la vie humaine et dans le rapport entre deux créatures, le fait de tomber amoureux, cette même différence, la venue de l’Esprit Saint la crée, dans le rapport entre l’homme et Dieu.



                                       Venus in the Moon

3. L’amour préserve la loi...

Quelle place a l’observance des commandements dans cette économie nouvelle de l’Esprit ? C’est un point névralgique qui doit être éclairé. Même après la Pentecôte, il subsiste une loi écrite : il y a les commandements de Dieu, le décalogue, il y a les préceptes évangéliques ; auxquels se sont ajoutés, par la suite, les lois ecclésiastiques. Quel sens ont le Code de droit canonique, les règles monastiques, les voeux religieux, tout ce qui, en somme, indique une volonté objective qui s’impose à moi de l’extérieur ? Ces choses sont-elles comme des corps étrangers dans l’organisme chrétien ?On sait qu’il y a eu, au cours de l’histoire de l’Eglise, des mouvements qui ont pensé cela et ont refusé toute loi, au nom de la liberté de l’Esprit, à tel point qu’ils ont justement pris le nom de mouvements « anomistes ». Mais ils ont toujours été désavoués par l’autorité de l’Eglise et de cette conscience chrétienne. De nos jours, dans un contexte culturel marqué par l’existentialisme athée, à la différence du passé, on ne refuse plus la loi au nom de la liberté de l’Esprit, mais au nom de la liberté humaine pure et simple. Un personnage de Jean-Paul Sartre affirme : « II n’y a plus rien au ciel, ni bien, ni mal, ni personne pour me donner d’ordres. […] Je suis un homme, Jupiter, et chaque homme doit inventer son chemin »[8].La réponse chrétienne à ce problème nous vient de l’Evangile. Jésus affirme ne pas être venu pour « abolir la loi », mais pour l’« accomplir » (cf. Mt 5, 17). Mais quel est l’« accomplissement » de la loi ? « La charité – répond l’Apôtre – est la Loi dans sa plénitude ! » (cf. Rm 13, 10). Toute la loi et les prophètes dépendent du commandement de l’amour, dit Jésus (cf. Mt 22, 40). Alors l’amour ne remplace pas la loi, mais l’observe, l’« accomplit ». C’est au contraire la seule force qui peut faire observer la loi.Dans la prophétie d’Ezéchiel, on attribuait la possibilité d’observer la loi de Dieu au don futur de l’Esprit et du cœur nouveau : « Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes » (Ez 36, 27). Et Jésus dit, dans le même sens : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14, 23), c’est-à-dire qu’il sera en mesure de l’observer.Entre la loi intérieure de l’Esprit et la loi extérieure écrite, il n’y a pas d’opposition ou d’incompatibilité dans la nouvelle économie mais, au contraire, une pleine collaboration : la première est donnée pour préserver la seconde : « La loi nous a été donnée afin que nous cherchions la grâce ; et la grâce nous a été donnée afin d’assurer l’accomplissement de la loi »[9]. L’observance des commandements et, en pratique, l’obéissance, est le banc d’essai de l’amour, le signe pour reconnaître si on vit « selon l’Esprit » ou « selon la chair ».Quelle est alors la différence par rapport au passé, si nous sommes encore tenus d’observer la loi ? La différence, c’est qu’avant on observait la loi pour recevoir d’elle la vie qu’elle ne pouvait pas donner et on en faisait ainsi un instrument de mort ; aujourd’hui, on l’observe pour vivre en cohérence avec la vie reçue. L’observance de la loi n’est plus la cause mais l’effet de la justification. En ce sens, l’Apôtre a raison de dire que son discours n’annule pas la loi, mais au contraire la confirme et l’anoblit : « Alors, par la foi nous privons la Loi de sa valeur ? Certes non ! Nous la lui conférons » (Rm 3, 31).



                                                Moon, Mercury, Jupiter, Mars

4…et la loi préserve l’amour

Entre loi et amour, une sorte de circularité et de périchorèse s’établit. S’il est vrai, en effet, que l’amour préserve la loi, il est vrai aussi que la loi préserve l’amour. La loi est au service de l’amour et le défend de différentes manières. On sait que la loi est donnée pour les pécheurs (cf. 1 Tm 1, 9) et nous sommes encore pécheurs ; oui, nous avons reçu l’Esprit, mais seulement à titre de primeur ; le vieil homme vit encore avec l’homme nouveau en nous, et tant qu’il y aura en nous des concupiscences, il est providentiel qu’il y ait des commandements qui nous aident à les reconnaître et à les combattre, même avec la menace du châtiment.La loi est un soutien donné à notre liberté encore incertaine et vacillante dans le bien. Elle est pour et non contre la liberté, et il faut dire que ceux qui ont cru devoir refuser toute loi au nom de la liberté humaine se sont trompés, méconnaissant la situation réelle et historique dans laquelle oeuvre une telle liberté.A côté de cette fonction, pour ainsi dire, négative, la loi en acquitte une autre positive, de discernement. Avec la grâce de l’Esprit Saint, nous adhérons globalement à la volonté de Dieu, nous la faisons nôtre et nous désirons l’accomplir, mais nous ne la connaissons pas encore dans toutes ses implications. Celles-ci nous sont révélées, non seulement par les événements de la vie, mais aussi par les lois.Il y a un sens encore plus profond où l’on peut dire que la loi préserve l’amour. « L’amour n’est garanti pour toujours contre toute altération – a écrit Kierkegaard – que lorsqu’il y a le devoir d’aimer ; éternellement libéré dans une indépendance bienheureuse ; assuré dans une éternelle béatitude contre tout désespoir »[10]. Le sens de ces paroles est le suivant. Plus l’homme qui aime, aime intensément, plus il perçoit avec angoisse le risque que court cet amour, un risque qui ne vient pas des autres mais de lui-même ; il sait bien, en effet, qu’il est volage et que demain, hélas, il pourrait se fatiguer et ne plus aimer. Et puisque maintenant qu’il est dans l’amour, il voit avec clarté la perte irréparable que cela comporterait, il se prémunit « en se liant » à l’amour par la loi et en enracinant ainsi son acte d’amour, qui se produit dans le temps, à l’éternité.Cela suppose qu’il s’agisse d’un véritable amour et non, comme affirme le philosophe, d’un jeu et d’une moquerie réciproque. L’amour véritable – explique le pape dans l’encyclique Deus caristas est – « cherche maintenant son caractère définitif, et cela en un double sens : dans le sens d’un caractère exclusif – ‘cette personne seulement’ – et dans le sens d’un ‘pour toujours’. L’amour comprend la totalité de l’existence dans toutes ses dimensions, y compris celle du temps. Il ne pourrait en être autrement, puisque sa promesse vise à faire du définitif : l’amour vise à l’éternité » [11].L’homme d’aujourd’hui se demande toujours plus souvent quelle relation il peut y avoir entre l’amour de deux jeunes et la loi du mariage et quel besoin il y a de « lier » l’amour qui est par nature libre et spontané. Ceux qui sont amenés à refuser, en théorie et en pratique, l’institution du mariage et à choisir ce que l’on appelle l’amour libre ou la simple vie en commun, sont ainsi toujours plus nombreux.Ce n’est que si l’on découvre la relation profonde et vitale qu’il y a entre loi et amour, entre décision et institution, que l’on peut répondre correctement à ces questions et donner aux jeunes une raison convaincante pour « s’engager » à aimer pour toujours et à ne pas avoir peur de faire de l’amour un « devoir ». Le devoir d’aimer protège l’amour du « désespoir » et le rend « heureux et indépendant » dans le sens où il protège du désespoir de ne pas pouvoir aimer pour toujours. Donne-moi un vrai amoureux, note Kierkegaard, et tu verras si la pensée de devoir aimer pour toujours est pour lui un poids ou pas plutôt la plus grande des béatitudes.Cette considération ne vaut pas seulement pour l’amour humain mais aussi, à plus grande raison, pour l’amour divin. Pourquoi – peut-on se demander – s’engager à aimer Dieu, se soumettant à une règle religieuse, pourquoi prononcer des « vœux » qui nous « contraignent » à être pauvres, chastes et obéissants, alors que nous avons une loi intérieure et spirituelle qui peut obtenir tout cela par « attraction » ? C’est que, dans un moment de grâce, tu t’es senti attiré par Dieu, tu l’as aimé et tu as désiré le posséder pour toujours, de manière totalitaire et, craignant de le perdre par ton instabilité, tu t’es « lié » pour garantir ton amour de toute « altération ».Nous nous lions pour la même raison qu’Ulysse se ficela au mât de son bateau. Ulysse voulait à tout prix revoir son pays et son épouse qu’il aimait. Il savait qu’il devait passer à travers le lieu des sirènes et, craignant de faire naufrage comme tant d’autres avant lui, il se fit attacher au mât de son navire après avoir fait boucher les oreilles de ses compagnons. Arrivé au lieu des Sirènes, il fut envoûté, il voulait les rejoindre et criait pour être détaché, mais les matelots n’entendaient pas et c’est ainsi qu’il dépassa le danger et put rejoindre son objectif.

                                                   

5. « Il n’y a aucune condamnation ! »

Revenons, avant de conclure, à l’affirmation initiale dont nous sommes partis : « Il n’y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. La loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t’a affranchi de la loi du péché et de la mort ». Le monde contemporain de l’Apôtre vivait oppressé par la notion de condamnation et de séparation de la divinité, qu’il cherchait à dépasser par des cultes mystérieux variés. Un grand chercheur de l’Antiquité l’a défini comme une « époque d’angoisse » (E. R. Dodds).Pour se faire une idée de l’effet que devaient produire ces paroles de Paul sur les intellectuels de l’époque, pensons à un condamné à mort qui vit dans l’attente de son exécution et s’entend un jour crier par une voix amie : « La grâce ! Tu as obtenu la grâce ! Toute condamnation est suspendue. Tu es libre ! » C’est un sentiment de renaissance. Cette charge de libération est encore intacte parce que l’Esprit Saint n’est pas sujet à la loi de l’entropie comme toutes les sources d’énergie physique. C’est à nous tous d’ouvrir grands nos cœurs pour la recevoir et aux ministres de la Parole de la faire résonner, aujourd’hui encore, de manière vibrante dans le monde.

               

   

 La Galaxie de l’aiguille, NGC 4565,  à 30 millions d’A-L de nous. Credit & Copyright: Roth Ritter (Dark Atmospheres)

Grégoire de Narek (vers 944-vers 1010), moine et poète arménien


« Celui qui invoquera le Nom du Seigneur,

celui-là sera sauvé » (Jl 3,5 ; Rm 10,13).

Quant à moi non seulement je l’invoque

mais avant tout je crois à sa grandeur.



Ce n’est pas pour ses présents

que je persévère dans mes supplications,

mais parce qu’il est la Vie véritable

et qu’en lui je respire ;

sans lui il n’y a ni mouvement ni progrès.



Ce n’est pas tant par les liens de l’espérance

que par les liens de l’amour que je suis attiré.

Ce n’est pas des dons,

mais du Donateur dont j’ai toujours la nostalgie.

Ce n’est pas à la gloire que j’aspire,

mais c’est le Seigneur glorifié que je veux embrasser.

Ce n’est pas la soif de la vie qui toujours je me consume,

mais le souvenir de celui qui donne la vie.



Ce n’est pas après le désir du bonheur que je soupire,

que du plus profond de mon coeur j’éclate en sanglots,

mais c’est par désir de celui qui le prépare.

Ce n’est pas le repos que je cherche,

mais c’est le visage de celui qui apaisera mon coeur suppliant.

Ce n’est pas pour le festin nuptial que je languis,

mais c’est du désir de l’Époux.



Dans l’attente certaine de sa puissance

malgré le fardeau de mes péchés,

je crois avec une espérance inébranlable

et en me confiant dans la main du Tout Puissant,

que non seulement j’obtiendrai le pardon

mais que je le verrai lui en personne,

grâce à sa miséricorde et à sa pitié

et, bien que je mérite parfaitement d’être proscrit,

que j’hériterai du ciel. 

Saint Pierre Chrysologue (vers 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l’Église


« Je vous supplie par la miséricorde de Dieu » (Rm 12,1) : Paul fait une demande, ou plutôt à travers Paul, Dieu fait une demande, lui qui veut davantage être aimé que craint. Dieu fait une demande, parce qu’il veut moins être Seigneur que Père… Écoute le Seigneur demander [par son Fils] : « Tout le jour, dit-il, j’ai tendu les mains » (Is 65,2). N’est-ce pas en tendant les mains que d’habitude on demande ? « J’ai tendu les mains. » Vers qui ? « Vers le peuple. » Vers quel peuple ? Un peuple non seulement incroyant, mais « rebelle ». « J’ai tendu les mains » : il ouvre ses bras, dilate son coeur, présente sa poitrine, offre son sein, fait de tout son corps un refuge, pour montrer par cette supplication à quel point il est père. Écoute Dieu demander ailleurs : « Mon peuple, que t’ai-je fait ou en quoi t’ai-je attristé ? » (Mi 6,3) Ne dit-il pas : « Si ma divinité vous est inconnue, ne reconnaîtrez-vous pas ma chair ? Voyez, voyez en moi votre corps, vos membres, vos entrailles, vos os, votre sang ! Et si vous craignez ce qui est à Dieu, pourquoi n’aimez-vous pas ce qui est vôtre ? Si vous fuyez le Seigneur, pourquoi ne courez-vous pas vers le Père ?

      Mais la grandeur de la Passion, dont vous êtes cause, vous couvre peut-être de confusion. Ne craignez pas ! Cette croix n’est pas mon gibet, mais celui de la mort. Ces clous ne fixent pas la douleur en moi, mais ils enfoncent plus profondément en moi l’amour que j’ai pour vous. Ces blessures ne m’arrachent pas des cris, elles vous introduisent davantage au fond de mon coeur. L’écartèlement de mon corps vous donne une plus large place en mon sein, il n’accroît pas mon supplice. Je ne perds pas mon sang, je le déverse pour payer le vôtre.

      Venez donc, revenez, reconnaissez en moi un père que vous voyez rendre le bien pour le mal, l’amour pour l’injustice, une telle tendresse pour de telles blessures.

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